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"Echec et mat"

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1 "Echec et mat" le Dim 9 Jan 2011 - 18:43

Chess


- France, Université de Bretagne-Sud. -

Un jeune homme se déplaçait dans les couloirs de l'un des bâtiments de l'école de droit. Aujourd'hui, c'était le Mercredi. Et donc, il devait se rendre dans la grande bibliothèque universitaire, comme tous les Mercredi après-midi, sauf exception. Car c'était en ce troisième jour de la semaine qu'étaient organisés les tournois d'échecs. Et ça, il ne le manquerait pour rien au monde, ou presque.

A seize ans, il avait déjà été mainte fois champion, dans sa catégorie, de jeu d'échec, au niveau départemental, régional et même national. Et il n'était pas prêt de s'arrêter là. Car les échecs représentaient actuellement l'un de ses plus grands intérêts dans la vie.

Le jeune blond poussa la porte de la bibliothèque, dévoilant les nombreuses étagères remplies de livres en tout genre. Un décor qu'il aimait beaucoup... c'était un lieu apaisant, et calme, très pratique pour réfléchir et se poser. Habituellement, il venait là quand il voulait être tranquille un moment. Et ça réussissait, car, mine de rien, il était rare d'y trouver les gens qu'il ne désirait pas voir. Mais, aujourd'hui, ce n'était pas dans le même but qu'il venait. Il voulait jouer, et donc gagner.

Un instant, il observa la foule dense qui se trouvait là. Au bas mot, cinquante personnes. Tous, sans doute, étaient inscris pour le concours. Le jeune homme regarda le tableau où étaient inscrit le déroulement du tournoi, et s'assit à sa table pour débuter sa première partie...

**

On démarrait avec soixante-quatre joueurs. En un contre un. Trente-deux simultanées, avec autant de vainqueurs. Puis seize autres parties. Puis huit. Quatre. Deux. Et enfin... la finale.

Les deux derniers à rester en place pour cette ultime partie se connaissaient. Ils s'étaient déjà plusieurs fois affrontés. Quatre, pour être précis. Le résultat avait toujours été le même : victoire au plus jeune, ce fameux garçon blond de seize ans. Mais toujours, c'était un match serré. Et de plus en plus à chaque partie... Leurs deux noms ? Pour le plus âgé, Stéphane Chevalier. Pour le second : William Delacroix. Tout deux venaient de disputer, et de gagner, cinq parties d'échec. Sans fautes, et très rapidement.

Les deux hommes se regardèrent, se fixèrent, se jugeant l'un et l'autre du regard. Et puis, avec quelques dizaines de personnes serrées autour, le duel commença.

Pour William, pas question d'une victoire rapide en deux ou trois coups. Non, ce qu'il voulait, c'était anéantir totalement l'adversaire... Peut-être était-ce là une forme de sadisme ? Mais il comptait voler toutes les pièces de son adversaire, les huit pions, les deux tours, les deux cavaliers, les deux fois, la reine, et enfin, le roi. Et il les aurait tous... Car, bien qu'il aime énormément le jeu d'échec, il détestait et refusait tout bonnement l' "échec" lui-même...

**

La partie continua pendant un bon moment. Elle traînait en longueur. Et tournait très mal pour le jeune William... Il ne lui restait plus que quatre pièces : le roi, une tour, et deux pions. Quant à Stéphane, son armée blanche était à peine entamer. Il ne lui manquait qu'à peine quatre pièces... Le jeune blond se sentit acculé. Il ne s'était pas encore laissé gagné par le stress, celui-ci ne viendrait que plus tard, quand la partie approcherait plus encore de la fin. D'ordinaire, en tournoi, lorsque l'on sentait approcher sa défaite, on se devait de déclarer forfait. Continuer était considéré comme très peu galant. Mais le jeune homme ne comptait pas abandonner là le jeu... il allait tenter le pat, bien que ce soit très peu probable. Ou alors il essayerai coûte que coûte de finir la partie en mettant son adversaire en échec !

Cela faisait quelques tours qu'il ne s'était pas fais prendre de pièce. D'un autre côté, beaucoup d'entre elles avaient été sacrifiées pour pouvoir éliminer la reine et les deux fous de M. Chevalier. Avec ça, il s'était au moins assuré de ne pas être défait tout de suite. Et cela lui laissait suffisamment de répis pour pouvoir réfléchir à un plan.

D'ailleurs, il y pensait, à ce plan... Il regardait toutes les possibilités qui lui restaient encore. Mais ne trouvait rien à jouer ! Non, car il y avait quelque chose qui rendait impossible une victoire certaine : l'intelligence de son adversaire. En effet, celui-ci jouait merveilleusement bien, Will' devait l'admettre, et c'était là un problème. Il n'arrivait pas à prévoir correctement les coups de l'ennemi.

A un moment, il demanda une pause. Dix minutes. Il se dirigea vers les toilettes, en sueur, et se passa de l'eau bien froide sur le visage, laissant même couler quelques gouttes sur sa chemise noire. Il réfléchissait...


" Merde... Merde... " furent les seuls mots qu'il réussit à prononcer, ne trouvant rien qui pourrait le sauver d'une première défaite dans cet établissement. Une bonne partie de sa réputation ici était construite sur ses incessantes victoires aux échecs, qui lui avaient valut le surnom de "Chess", en référence à ce jeu et à son origine. En effet, il était né en Angleterre, dans le Comté du Cheshire, seize ans plus tôt. Et la première syllabe du nom de ce Comté dans la langue de Shakespeare se prononçait bel et bien "Chess"... Il ne pouvait se permettre de perdre.

Il retourna bien vite s'assoir à la table. Là, gardant son calme et toute sa contenance, ses yeux bleus clairs ne laissant même pas transparaître la détresse qui l'habitait. Il était toujours maître de lui, en toute circonstance. Et là encore.

Ils échangèrent un peu, et, dès que ce fut de nouveau le tour du blond, celui-ci resta bloqua. Faisant mine de réfléchir, il posa son index droit sur son nez, touchant par là-même son front brûlant. Il réfléchit intensément, creusant dans tous les sens pour trouver une issue. Les pièces ennemies se rapprochaient de son roi...

Et, d'un seul coup, un éclair blanc lui traversa l'esprit. Sa vue se brouilla, et il lui sembla que l'on frappait sa tête avec un marteau. Les sept couleurs de l'arc-en-ciel s'enchaînaient à toute vitesse devant ses yeux. Il avait mal au crâne...

Puis des images vinrent à lui. Les unes après les autres, elles se suivaient et se répétaient. Il voyait l'échiquier, de haut, et les pièces semblaient bouger toutes seules. Les pièces blanches de l'adversaire se déplaçaient, en des coups qui n'avaient pas encore eut lieu. Il voyait que l'on passait de la disposition actuelle à une autre, où l'un des deux cavaliers allait se mouvoir, s'approchant dangereusement de son roi. Et d'autres coups s'enchaînaient ensuite... Les couleurs défilèrent encore devant ses yeux, puis sa vue vira au rouge avant de s'assombrir...

Il tomba lourdement au sol et regarda autour de lui. Les gens présent tournaient vers lui des regards interrogateurs, se demandant ce qui lui avait pris de se laisser tomber sur le côté de sa chaise. Il entendit quelques petites voix murmurer "mauvais joueur", ou d'autres paroles déplacées à son égard.

Il se releva, s'excusant pour ce qui s'était passé, et joua précipitamment, avançant l'un de ses pions. Au tour suivant, quelle ne fut pas sa surprise en constatant que Stéphane avança la même pièce que celle qu'avait vu Chess' en songe ! Le jeune homme, de plus en plus pressé vers la défaite, fit la seule chose qui lui vint à l'esprit : suivre sa rêverie, et jouer en fonction de ce qu'il avait vu. Il écarta donc son roi, car il savait qu'au prochain tour, c'était le second cavalier blanc qui allait arriver dans les mêmes coins. Bingo ! C'est exactement ce que fit l'ennemi ! Et, sachant que le prochain déplacement serait celui d'un simple pion, William y envoya l'un des siens, pour éliminer la dite-pièce.

Et la partie se poursuivit ainsi, avec un jeune homme consterné de voir ses coups prévu à l'avance, et un autre gagné par l'excitation de cette chance inouïe...

**

Plus qu'un roi, un pion, et une tour. William se trouvait dans un pétrin impossible, mais il avait réussit à resserrer l'étau autour du souverain ennemi. A M. Chevalier, il ne restait désormais plus que cinq pièces. Delacroix avait poussé le roi adverse jusqu'au fond, sur la même ligne que sa tour, tandis que son pion se trouvait un peu plus loin. Il l'avança d'une seule et unique case, droit devant, juste à côté du roi placé dans un coin.


" Echec et mat ", dit-il simplement.

Il fit tomber en le poussant le roi blanc, et reprit dans sa main ce simple pion noir, qui l'avait rendu victorieux. Pendant que les quelques applaudissements retentirent autour de lui, que les gens s'en allèrent, et que son adversaire partit, comme dégoûté, il rangea les pièces noires, qui lui appartenaient, dans un petit sac en cuir.

Au moment de partir, il franchit les portes de la bibliothèque, où l'attendait une belle jeune fille aux cheveux châtains clairs. D'un an son aînée, elle se nommait Alice Lidell. Sans un mot, il s'approcha d'elle et la saisit par la taille, avant de l'embrasser tendrement. Cela faisait un an qu'il l'aimait profondément...

Et c'est sur cette dernière pensée de bien être qu'un nouvel éclair blanc lui passa devant les yeux. Nouvelle douleur fulgurante à l'arrière du crâne. Il s'effondra doucement sur le côté, inconscient...


Voila, j'espère que ce premier post est sympathique... =S

2 Re: "Echec et mat" le Mer 12 Jan 2011 - 22:47

Hadès


Dieu - Admin
Dieu - Admin
"Ding Dong !
Le chapeau s'est envolé.
Ding Dong !
On l'attrape à la volée.
Ding Dong !
Dans la malle on l'a glissé.
Ding Dong !
Pour de bon il est plissé.

Hi hi hi hi..."


Une comptine... Une voix fluette bercée par une folie douce... Empreinte d'une léger accent british... Chess entend cette mélodie de manière très éloignée... Ses paupières sont encore lourdes mais il devine qu'il n'est pas dans la bibliothèque. La dernière chose qu'il avait ressenti fut ce lourd et glacial carrelage de l'édifice universitaire. Il a en son esprit le regard, le dernier regard de son aimée... Alice... Elle ne semble plus être à ses côtés... Son parfum s'est dissout pour laisser place à une odeur qu'il n'apprécie guère... Comme un climat d'hôpital... Les effluves infectes des désinfectants et des solutions médicales nauséabondes... Les yeux du jeune homme se plissent. Chess aimerait se réveiller maintenant... Son crâne émet quelques ondées douloureuses juste derrière ses rétines mais cela n'empêchera pas sa volonté de savoir dans quel endroit il est...

"Ding Dong !
La malle était bien trop lourde.
Ding Dong !
Ouvrez donc grand vos esgourdes !
Ding Dong !
Ecoutez la Tour de Londres.
Ding Dong !
Un appel pour te morfondre...

hi hi hi hi hi..."


Cette mélodie agaçante devenait de plus en plus pesante pour tout son être. Avec difficulté il ouvrit les yeux... La lumière vive pénétra en sa pupille qui se contracta avec force. Trop de lumière s'enfonçait en ses yeux ce qui eut pour effet de relancer vivement son mal de crâne.

Il avait devant lui des images floues et indéfinissables. Tout se brouillait mais il vit qu'il était étendu, de dos, sur un lit aux draps blancs. Sa tête était complètement absorbée par un immonde coussin inconfortable. Les images se recadraient peu à peu. Plus loin près, d'une étagère métallique, se tenait une silhouette rougeoyante. La chevelure fine d'un blond presque platine était maintenue par un chapeau aux teintes sanglantes comme la totalité de son vêtement... Elle s'affairait à regarder quelques éprouvettes contenant un liquide visqueux roussâtre. Elle tenait également des seringues gorgées de ce même liquide. Chess essaya de se redresser. Il sentait à peine ses mains. Après les avoir repérées il palpa son corps qui était presque mis à nu. Il ne lui restait que son shorty. Le reste de sa peau se frottait au drap immaculé mal agréable. La rugosité de ce tissus semblait lui griffer la moindre parcelle de peau...

Puis soudain la silhouette bougea plus amplement, seringue juteuse en main. Elle s'approchait de Chess en fredonnant ce même air si désagréable à l'ouïe... si sinistre...

"Ding Dong !
De la malle une main s'extirpe...
Ding Dong !
Un cadavre sorti d'une crypte...
Ding Dong !
Son chapeau en guise de mitre...
Ding Dong !
En Enfer, menez ce cirque !

Hi hi hi hi hi hi..."


Les paroles de cette comptine appuyait de plus en plus la folie de cette fille qui devait être l'infirmière. Enfin Chess allait pouvoir la voir de plus près. Son visage sera, en son entier, devant le regard atterré du jeune homme. Un jeune homme qui ne pouvait bougeait tellement la silhouette rouge devenait charismatique. Une présence étrange et étouffante... Une présence qui met les gens dans un mal-être profond. Et pourtant ce visage est si doux. Une attirance ou un attrait, chaînon manquant pour son être, pour son bien-être... Dangereuse et paisible... Deux aspects essentiels à une aliénation... La belle était de rouge vêtue... Sa pâleur de peau la rendait si inoffensive, si fragile... Sa longue chevelure platine agrémentait un visage d'enfant illuminé par deux perles rares... Deux perles aigue-marine...



Le visage de la jeune fille s'arrêta net au dessus de celui de Chess. Elle plongea, comme pour le sonder, son regard dans celui du jeune homme. Son visage était froid et pourtant on décrypta un étrange sourire.

"Ah ! Te voilà donc réveillé... Ce n'est pas sérieux de s'endormir comme cela sur un carrelage aussi froid que celui de la bibliothèque. Quelle drôle d'idée !"

La main fine et glaciale chercha du bout des doigts le bras gauche du garçon alité. La paume de marbre porta le poignet fragile et complètement flasque du garçon. C'est alors que le joueur d'échec entendit de nouveau cette voix cadavérique et geignarde. Les dires de l'étrange infirmière glacèrent l'échine de Chess.

"Encore une dernière piqûre et tu pourras entrer dans le monde des ténèbres..."

Le sourire de la blondinette s'amplifia comme couvert d'une cruauté maladive. Chess était perdu et il comprit que cette fille était complètement cinglée... Il fallait qu'il réagisse... Mais comment ?... Tous ses membres étaient engourdis, il peinait à entrouvrir les lèvres... "Mais bon dieu quel maléfice cette dingue avait pu lui faire subir !" pouvait se dire l'adolescent. L'infirmière au chapeau rouge pressait le poignet afin de faire ressortir la veine bleutée de son patient. Elle rapprochait dangereusement la seringue qui faisait déjà jaillir un produit mortel ou on ne sait quelle drogue.

C'est alors que la porte de la chambre s'ouvrit avec fracas. Une voix sirupeuse et garnie de colère tonna.

"Arrête ça tout de suite Katarina ! Comment peux-tu oser ! C'est pas comme ça ! Non... Pas comme ça qu'il faut agir !"

Immédiatement la fille se tourna vers la porte et détendit la pression sur le poignet de Chess. L'adolescent put souffler. Son sauveur venait d'arriver. Il réfléchit un instant. Ainsi donc cette infirmière s'appelait Katarina. Et cet homme... Cet homme il ne le connaissait pas... Le personnage semblait sorti d'un temps lointain tout comme la fille. Il portait chapeau haute-forme. Son vêtement cintré était sombre ainsi que sa paire de gant et son écharpe. La chevelure était aussi fine que celle de la fille mais de couleur ébène. Ce couple devait être des marginaux... des dandys...



Ce n'était pas pour rassurer Chess mais l'homme poursuit sa requête.

" - Arrête ton cinéma et laisse-le respirer le temps qu'il le désirera. Et balance-moi cette seringue !

- Mais...

- Il n'y a pas de "mais" ! Tu ne peux à loisir décider de qui doit ou ne doit pas mourir. Même si nous savons tous deux que son sort est scellé s'il décide de nous suivre...

- Mais enfin, Hogier, comment veux-tu le convaincre autrement que par l'état de psychose ?

- Assez Katarina Middletribes ! Ce n'est parce que tu étais un médecin de renom dans ton domaine que tout doit se référer à ta psychanalyse... C'est encore un être humain !

- Bah voyons Hogier de Danemarche ! Je suis beaucoup plus au courant que toi dans ce domaine... Et ce n'est pas de ton temps qu'on aurait progressé sur le plan de la médecine ! Je suis talentueuse... Moi ! "

Katarina se met à engager quelques pas de danse et semble hilare de ce qu'elle vient de placer dans le dialogue... Ce qui rassure Chess, c'est que la folle dingue s'est écartée du lit et ne l'a pas piqué... Toutefois... Que lui veulent ces étranges phénomènes. Chess essaie de se décontracter et se redresse au fond de son lit attendant qu'on lui explique la situation...

3 Re: "Echec et mat" le Dim 16 Jan 2011 - 21:17

Chess


William Delacroix se réveilla tant bien que mal.

Il eut de grosses difficultés à tirer son esprit engourdit des bras de l'inconscience. Lorsque l'on souffrait, finalement, quoi de mieux que de se laisser porter dans un monde où toute douleur était effacée ? Car, actuellement encore, il restait terrassé par la puissance du choc qu'il avait reçut. Un choc ? Pas question d'un coup quelconque, il en était certain. Non, plutôt... plutôt quelque chose de tout bonnement inexplicable ! Il n'avait aucune idée de ce qui avait put le frapper ainsi, mais il avait tout de même succombé à une fulgurante douleur qui lui avait vrillé le crâne.

Il tenta de regrouper ce qu'il savait, ce dont il se souvenait, pour remettre un peu d'ordre dans sa tête...

Tout d'abord, il était allé à la grande bibliothèque universitaire, pour y jouer, comme régulièrement, un tournoi d'échec. Il n'avait fait qu'enchaîner les victoires, jusqu'à la finale. Une ultime confrontation, contre Stéphane Chevalier. Il avait commencé à perdre. Largement. Et puis... il se souvenait avoir ressentis la même douleur que maintenant ! Des images avaient défilé dans sa tête, et il avait réussit à remporter une victoire. Et à gagner la partie. Et, par là-même, le tournoi intégral.

Et là, cela devenait plus confus, déjà. Il se souvenait encore avoir rangé ce qui lui restait à ranger. Puis il était sortit de la bibliothèque. Et là, il avait aperçu son amour. Alice Liddell. Celle qui remplissait sa vie de bonheur et de joie depuis maintenant un an. Il l'avait rejointe. L'avait embrassé.

Et là, le trou noir. Il s'était effondré sur le sol froid devant la bibliothèque.

Et depuis cela, il ne savait pas ce qui s'était passé. En se réveillant donc, et en s'extirpant difficilement de l'inconscience dans laquelle il avait été plongé, il n'avait pas reconnu l'endroit. Cela ressemblait à un hôpital, c'est vrai, mais... il se doutait que ce n'était pas le cas.

Il avait entendu une voix de gamine, énervante au possible, entonner une comptine pour enfant, en parfait Français, mais avec un accent britannique que reconnut aisément le jeune homme. En ouvrant les yeux, il avait aperçue une fille vêtue de pourpre, et avec des cheveux blonds très clairs, tirant presque sur le blanc. Elle avait presque un regard de dément, à faire peur... Elle s'était approché, avec une grosse seringue, ce qui n'était pas pour rassurer Chess.

Il aurait voulut se débattre. Obliger cette cinglée à s'écarter. Mais aucun moyen de le faire ! Son corps refusait de lui obéir, et c'est tout juste s'il pouvait soulever un doigt, malgré tous les efforts qu'il faisait pour se mouvoir. Même sa sueur se refusait à couler...

Puis, alors que la seringue douteuse s'apprêtait à percer sa peau, une voix plus grave, plus profonde, s'éleva derrière lui. Derrière eux. Il vit un homme s'approcher. D'assez forte stature, il ressemblait un peu à un opposé masculin de l'horrible femme en face de lui. Toutefois, il avait moins cet air dément qui marquait fortement le visage de la fille aux cheveux clairs. Grâce à lui, au moins, l'autre cinglée s'était écartée du lit...

Ils se disputèrent quelques instants, et Chess en profita pour apprendre leurs noms. La folle se nommait Katarina Middletries, et l'autre s'appelait Hogier de Danemarche. Puis la jeune fille se mis à faire des pas de danse, a priori toute joyeuse, tandis que l'homme semblait presque déplorer un comportement si juvénile et si peu digne d'une personne saine d'esprit.

Le jeune homme tenta de se redresser sur le lit sur lequel il était couché. Il força un peu sur les bras, les fesses, les jambes... Rien n'y fit, il bougea à peine. Et il récolta une belle envie de vomir, qu'il tenta tant bien que mal de calmer. Il eut une légère remonté, qu'il refoula, mais qui lui laissa dans la gorge un horrible goût de bile. Il arrêta donc de bouger, et ferma ses yeux myosotis pour tenter d'apaiser la douleur qui lui tapait toujours sur le crâne.

La couverture et les draps ne couvraient que ses jambes, et la peau de son torse nu était hérissé de chair de poule à cause de la température.

En général, il avait un esprit assez aiguisé. Il n'avait pas de difficulté à comprendre une conversation, même d'un niveau élevé, et même dans un état de fatigue avancé. Mais là, il ne saisissait pas ce qui se passait autour de lui. Les deux énergumènes parlèrent d'époque, de domaine, et malgré le ton simple de leur conversation, il n'arrivait pas à clarifier ce qu'il entendait suffisamment pour le comprendre...

De manière assez peu originale, certes, il voulut savoir où il se trouvait. Qui étaient ces gens qui l'avaient empêché de bouger, sans doute, et qui se disputaient au sujet d'un choix qu'il aurait à faire ?


" Où suis-je ? Qui êtes-vous ? "


Voila, désolé pour le temps que j'ai mis à répondre. =S Bonne semaine, et à Vendredi-Samedi-Dimanche ! Wink

4 Re: "Echec et mat" le Ven 21 Jan 2011 - 10:51

Hadès


Dieu - Admin
Dieu - Admin
Aux dernières paroles de Chess Katarina fit volte-face, s'arrêtant nette dans ses figures de danse enfantines. Elle plongea directement son regard aigue-marine dans celui de l'adolescent alité. Elle affiche un étrange sourire... Le sourire d'une démente sur un visage d'ange... Cette attitude pouvait mettre mal à l'aise car l'atmosphère dégagé était le mal-être profond très enfoui au coeur de ce corps fragile... Et pourtant Katarina semblait se réjouir... Ce sont les autres qui s'identifient au mal-être d'une personne pas le contraire... Il n'y a que ceux qui ont un recul suffisant qui savent reconnaître l'humain attaché au coeur de ses entrailles, de son être...

"Tiens... le voilà qui cause à présent... Et il se demande où il se trouve et qui nous sommes..."

Katarina se met à rire. Pourtant ce qu'à dit Chess n'a rien d'une comédie... Elle tourne sur elle-même en faisant quelques entrechats... Puis elle revient sur Chess et s'en approche, courbée... Portant toujours la seringue en sa main...

"Tu vois, Hogier, tu aurais dû me laisser faire car maintenant il va devenir insupportable... et c'est qui ?... Vous faites quoi ?... Pourquoi suis-je ici ?... Laissez-moi partir !... Pourquoi êtes-vous là ?... Gnagnagnagnagna..."

Katarina semble d'un seul coup amère en appuyant sur cette succession de questions. Ou plutôt non, ce n'est pas de l'amertume. Elle médit en étant blasée... La scène pourrait être tirée d'une comédie mais cette réaction est stupéfiante ou navrante... Que doit en penser Chess?... Cependant Katarina reprend.

"Il est inutile de poser des questions. Tu es ici car tu as été choisi. C'est ainsi. Notre Seigneur a ressenti en toi une assurance de victoire pour notre clan et je suis venue t'emmener vers notre Royaume. Tu y découvriras l'incroyable talent que tu as au fond de toi..."

La mine de Katarina est étrangement sérieuse et censée à ses différents dires... Elle n'a vraiment pas l'air d'une démente... Elle enchaîne des explications insolites qui intègrent les capacités de Chess... Pourtant, elle ne le connaît pas normalement...

"Oui, je ne parle pas ici de tes talents d'échiquéen hors pair mais ce qui te pousse à combattre, à aller de l'avant, à obtenir les objets de tes désirs... Cette volonté époustouflante de réussir à tout prix... C'est un caractère bien résolu que tu as là. Pour un peu je te prendrai pour un arriviste... Mais c'est plus une démarche volontaire d'atteindre l'ultime, l'absolu... Et tu l'atteindras, sois-en sûr... C'est ton pouvoir intérieur qui entretient ce désir. Un don précieux que les dieux t'ont confié. Ton âme deviendra éternellement pure si tu décides de nous suivre Hogier et moi."

Elle se tait un moment comme pour communier spirituellement avec Chess... Le regard de Katarina est emprun d'une douceur ultime lorsqu'elle dit cette phrase qui résonne en la tête de l'adolescent : "Ton âme deviendra éternellement pure...". Cette phrase lui semble magnifique. Pour un peu, il aurait été dit par une oracle... une divinité... une madone... D'ailleurs, dans cette douceur, une étrange aura chaleureuse émane du corps si fragile de Katarina... Quel est ce prodige ? Est-ce hallucination...

C'est alors qu'une main virile mais élégante vient se poser sur l'épaule de la fille. Aussitôt l'aura se résorbe et Chess se sort de cette rêverie éveillée... Le geste est pourtant tendre mais il permet de revenir aux réalités... Le possesseur de cette main posée, après un regard caressant, est Hogier... Ses lèvres sont fines et dénotent un être paisible et serein... Serait-ce la démonstration d'un altruisme couvert de compassion ? En tout cas, Hogier de Danemarche prononce quelques paroles rassurantes...


"Chess. Tu 'es pas ici par le plus grand des hasards et Katarina a raison. Tu es un être unique au pouvoir étonnamment lié avec celui de notre Seigneur. Je pourrai te dire son nom maintenant, mais tu nous prendrais très certainement pour des fous. Cette chose qui fait de toi l'Unique, nous le possédons aussi... Et cette emprise dont t'as fait part Katarina t'a très certainement aidé à des moments opportuns dans ta jeune vie... Tu n'es pas un maître de l'échiquier pour rien... Tu as ce don qui te permet d'appréhender cette discipline de manière facile... Tu as ce port-altier qui te permet d'appréhender le monde facilement... Tu as cette force qui te permet d'obtenir l'univers... Tu obtiendras cette pureté dont t'as parlé Katarina... Tu la touches presque cette perfection... Mais pour cela, il te faudra nous suivre même s'il doit t'en coûter la vie...

L'endroit où nous voulons t'emmener est une zone de ténèbres qui regorge des sacrifices humains pour faire de ce monde Perfection... C'est là-bas que nous opérons pour un devenir de notre Terre plus rassurant, plus pur... Nous avons au cours des décennies recueillis les plus grands du monde, les plus talentueux, afin d'accéder à l'Ultime... Ultime à la résurgence d'une Monde Idéal... Ultime au renouveau de notre ère... Ultime à l'Accueil de Notre Empereur qui garnira le monde de sa beauté riche et parfaite...

Veux-tu découvrir ce monde où l'on admire les hommes tels que toi ? Illumine ton âme des ténèbres purificatrices et tu deviendras un des rois du monde..."


Hogier parlait avec éloquence et enthousiasme. Il semblait ravi de rencontrer Chess et de l'inviter à se découvrir, à épanouir son talent... Chess remarqua sur la joue d'Hogier un tatouage en forme d'un as de carreau, l'un des symboles du jeu de carte traditionnel... mais celui-ci était de couleur noire... Sa main gauche tenait en sa poche un jeu de cartes... Chess comprit qu'Hogier était amateur de cette discipline... Tandis que Katarina tenait toujours en sa main la seringue mais son aspect générale était plus serein, elle affichait même un ravissant sourire. Que devait penser de tout cela Chess ? Que devait-il faire ?

5 Re: "Echec et mat" le Dim 23 Jan 2011 - 15:36

Chess


Chess se tenait toujours la tête de la main droite. Il avait le regard tremblotant, et avait des difficultés à rester fixer sur un point précis. Pour l'heure, il tentait malgré tout de suivre au mieux les mouvements de la fille qui se trouvait non loin de lui.

Alors qu'il venait de demander, le plus légitimement du monde, où se trouvait-il, et qui étaient ces personnes parlant ainsi, comme s'il était lui-même absent, de son sort, la fille vêtue de rouge sembla s'énerver. Ou plutôt, elle fut totalement excédée par de telles interrogations, qu'elle jugea tout bonnement stupides. Elle entonna donc un discours sensé convaincre le jeune homme. Elle ne lui fournit pas d'informations sur eux-mêmes, mais plutôt sur la raison de leur venu. Et elle lui apprit que quelqu'un, leur "Seigneur", les avait envoyé ici, pour le chercher, car, soit disant, il possédait quelque chose. Un talent. Un don que lui même ignorait. Bien entendu, il se savait avantagé par son physique, d'une intelligence pas des moindres, et pouvait obtenir ce qu'il souhaitait quand il se trouvait en pleine possession de ses moyens. Mais la jeune fille aux cheveux clairs lui parla d'un don qui n'était pas de tous ceux-là. De quelque chose en plus. De ce qui lui permettait de vouloir accéder à la victoire, et de réussir en cela.

Mais ce qui retint l'attention du jeune homme, ce fut surtout les derniers mots que lâcha Katarina. Avec un regard bien plus calme, profond, presque serein, ce qui faisait assez contraste avec son comportement précédent. Elle lui dit que c'était "les Dieux" qui se trouvaient cause de ce don particulier... Et surtout, elle ajouta quelque chose, qui résonna aux oreilles de l'étudiant et lui fit oublier, au moins momentanément, le reste.


" Ton âme deviendra éternellement pure ... "

Un beau rêve, un doux rêve, que celui qu'avaient les hommes de vouloir accéder à la pureté. Mais finalement, qu'était-ce que cette pureté ? Plus qu'autre chose, c'était un mode de pensée. Une idée, consistant à diviser tout en "bon" et "méchant", et à placer un extrême, du côté blanc de la barrière, qui pourrait être le côté le plus "pur"... On disait aussi d'une vierge perdant ce qui la rendait ainsi qu'elle était impure. Et donc, fallait-il lier cette impureté plutôt à la pensée des gens, à leurs actes, à leur corps, à leur esprit... ? William avait été interrogé sur cette fameuse question, "qu'est-ce que la pureté", à son sujet de Philosophie au baccalauréat. Et, bien qu'il ai eut une note plus que satisfaisante, il n'avait trouvé de réponse qui le convainc réellement, et s'était plus retrouvé dans l'interrogation qu'autre chose. Bien qu'il sache que ce n'était là que pur désir éphémère et futile, il aurait bien aimé avoir une réponse concrète, de la part de cette femme, de ce qu'elle entendait par "pure"...

Mais, comme brisant le charme, une main vint se poser sur l’épaule de la jeune fille vêtu de rouge. Sans s'en rendre compte, le jeune homme s'était presque laissé porter par ses paroles, dans un autre lieu, avec une ambiance lourde, sensuelle, attirante... La main le ramena donc à la réalité.

C'était là celle du dénommé Hogier de Danemarche, qui était arrivé peu après Katarina, et dont Chess avait finit par oublier la présence. L'homme se voulait avoir un comportement plus... apaisant, plus réconfortant, nettement, que celui de la femme présente, et même si elle pouvait déclencher un irrépressible besoin de l'écouter et de la croire, lui réussissait, par ses paroles, à mettre en confiance son interlocuteur. Il donnait ainsi une vérité, mais l’éludait pour ne la confier qu’à moitié, comme le fait qu'il préfère ne pas divulguer le nom de son maître. Il parlait d'une voix rassurante et chaleureuse, et le jeune homme eut de suite envie de l'écouter parler. Pour ce qui était de le croire, c'était autre chose !

Néanmoins, William fut interloqué dès les premiers mots. Hogier l'avait appelé par son surnom, "Chess", que peu de gens connaissaient pourtant... Mais la suite effaça bien vite cette interrogation mineure. En effet, tout comme celle qu'il accompagnait, l'homme lui parla de cette pureté, à laquelle il pourrait accéder tôt ou tard. Il détailla un peu plus, en expliquant déjà ce qu'était le "don" qu'il possédait... Une manière d'appréhender différemment, sous un angle autre, et pour une meilleure réussite. En somme, des facilités, avec un mode de raisonnement hors-norme. C'était cela.

Puis Hogier lui dit que, pour obtenir une perfection totale, il devrait d'abord le suivre. Les suivre. Et il rajouta que ce serait là au péril de sa vie. L'histoire se gâtait, et à nouveau, on pouvait croire là à l'idée de deux fous. Et, s'il devait les suivre, Delacroix trouverait un lieu qu'ils décrivaient comme emplit de ténèbres, et où des humains ne pouvaient que mourir, pour parvenir à une sublimation de l'univers. Pour que leur maître soit tiré de ce lieu sombre, et emmené sur la Terre. Sur une nouvelle Terre, qui aurait été révolutionnée, et changée pour devenir un idéal... Et la proposition finale de cet étrange homme plut particulièrement à l'étudiant :


" Veux-tu découvrir ce monde où l'on admire les hommes tels que toi ? Illumine ton âme des ténèbres purificatrices et tu deviendras un des rois du monde... "

Malgré que ces gens aient l'air de fous, avec des discours bizarres, au sujet de thème plus philosophiques que concrets, Chess avait envie de les croire. Ces idéaux lui plaisait. Et l'attirait. La perspective d'un monde différent... meilleur... Tout le monde avait un jour eut envie de modifier l'univers, beaucoup ou très peu, pour se rendre la vie plus facile, plus agréable, changer le cours des évènements passés ou présents, de manière à entrevoir un autre futur... Et même un vrai géni ne dérogeait pas à cette règle, car la cupidité était le plus humain de tous les sentiments.

"Devenir l'un des rois du monde" était une proposition particulièrement alléchante. Mais à quoi mourir, alors ? C'est vrai, quelque chose ne tenait pas dans les paroles de ces deux personnes. Il devrait sans doute mourir pour les suivre, et pourtant, il allait encore vivre des tas de choses, pour accéder à la perfection, et parfaire son "don". Et puis, il parlait de lui comme d'un être Unique, et pourtant, eux-mêmes avouaient posséder ce qui le rendait si spécial. C'était assez... paradoxal, comme discours.

Maintenant, William réussissait à accorder de nouveau ses pensées, à mettre de l'ordre dans sa tête. Et il pouvait raisonner comme à son habitude : rapidement. "Vite fait, bien fait". Il avait pour habitude de suivre le principe du "Rasoir d'Ockham", énoncé par Guillaume d'Ockham, et disant ceci : "Les entités ne doivent pas être démultipliées au-delà de ce qui est nécessaire". Ou, la solution la plus simple est toujours la meilleure. Mais, il avait besoin d'approfondir un peu, pour comprendre réellement ce qui se passait. Pour plus d'éclaircissement, le jeune homme réussit donc à prendre la parole, intelligiblement, et avec des idées bien fixes :


" Bon... Malgré moi, je ne comprends pas tout, là. Je vous épargnerais une question du type de "comment connaissez-vous mon nom", et à la rigueur, ce serait presque flatteur d'être connu par quelqu'un dont on ignore tout, ne serait-ce que parce que cela démontre une certaine notoriété. Mais ce n'est pas ça qui m'intéresse, ça, je m'en fous.
Non... vos idées, là, elles sont intéressantes. Trouver une perfection dans l'absolution, en quelque sorte, ce fut toujours mon idéal. Pour moi, le monde n'a pas besoin d'un plus, mais d'un moins. On possède déjà beaucoup, et tout ce qu'il nous faut se trouve ici. Mais c'est en soustrayant que peu se révéler réellement le nécessaire, et la perfection. S'il y avait moins de possesseurs, il y aurait moins de voleurs. Par exemple. Et c'est donc dans la suppression que réside l'utile, et le meilleur. Et, de mon point de vue, la mort d'êtres vivants n'est donc pas le plus lourd des sacrifices à faire pour accéder à un monde de perfection.
Créer un monde idéal, un "Ultime", c'est donc une bonne proposition. En devenir l'un des rois, quelle douce perspective que cela. Mais, si je dois mourir, comment pourrais-je seulement continuer d'exister là, dans cet autre monde, et veiller à sa création ? "

6 Re: "Echec et mat" le Mer 26 Jan 2011 - 15:51

Hadès


Dieu - Admin
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Hogier et Katarina étaient dans une écoute extrême des réflexions du jeune homme. On sentait dans leur regard qu'ils acquiesçaient à la moindre objectivité de leur garant, le pérennisateur de leur "éternel". Chess était un être surprenant et très réfléchi. Ce plût réellement à Katarina qui affichait un doux sourire. Hogier restait impassible, on pourrait même dire qu'il ne respirait aucunement pour ne pas qu'un seul son vienne perturber le discours de l'adolescent.

C'est à la fin de ses dires que, instantanément, Katarina se mit à rire avec enthousiasme. Il est à noter que la cause de ce sarcasme soudain fut la dernière question posée par Chess. La situation était assez déconcertante car il n'y avait aucune once d'humour dans les prosopopées de l'échiquéen. Car c'était bien à des morts que Chess parlait... Mais lui ne pouvait le concevoir dans son éminence grise absolument concrète et calculatrice due à son statut d'universitaire, à sa valeur de petit génie. Et pourtant Hogier et Katarina ne respiraient pas normalement... on peut même dire qu'ils ne respiraient pas du tout pour des êtres qui semblaient de chair et d'os...


"Oserais-tu prétendre à notre folie, Monsieur le psycho-philosophe à la rigueur d'esprit... N'est-ce pas le rôle d'un psychologue ou d'un philosophe d'avoir une position d'ouverture à son vis-à-vis ? "

Katarina s'était avancée en se courbant sur le corps de l'adolescent. Elle validait ses propos en tapotant à forte pression de son index sur le pectoral gauche du patient. Son regard était ensorcelé et oui... en effet, on aurait pu prétendre à de la folie... Pourtant elle était dans le vrai. Lorsqu'on analyse une situation on se doit d'être ouvert même si on prend le recul suffisant... Katarina pouvait-elle être lucide ?

"Sachez jeune homme que la folie est une voie d'ouverture en dehors de toute limite de l'esprit... Et notre esprit, celui d'Hogier et le mien, ont fait le cheminement nécessaire pour justement pouvoir rencontrer des êtres tels que toi au pouvoir cosmique comme le tien..."

Elle entreprend alors de caresser et d'englober la totalité du cerveau de Chess avec ses mains... Ses longs doigts froids semblaient cadavériques... Son corps était glacial... Et Chess pouvait s'apercevoir que son souffle de paroles n'étaient pas alimenté par une respiration... non... Il n'y avait pas de respiration... L'adolescent avait la tête plaquée au niveau du sein gauche de Katarina... Un sein de marbre et pourtant doux duquel aucun son de coeur ne vrombissait... Etait-ce rassurant ? En tout cas ce qui est sûr c'est qu'elle avait enfin lâché la seringue contenant on ne sait quelle substance... Elle était là, le long du flanc de Chess sans qu'elle ne bouge... abandonnée...

"Notre Seigneur nous a envoyé à toi pour t'enseigner cette démarche de libération de ton esprit pour divulguer ton don cosmique... Et la mort y contribue... La mort n'a jamais été une fin en soit... Elle est propice aux développements des renouveaux... N'est-ce point là l'arme ultime des arbres pour se protéger des glaciations de l'hiver... Il fait mourir ses feuilles afin de se protéger... Quelle cruauté ! " Katarina fait une moue attristée surjouée et quelques larmes, faux-semblants, perlent de son regard aigue-marine. "Et pourtant l'arbre n'entre guère en peine, car il sait que la succession des feuilles tombées, mortes par couche, formeront au printemps un délicieux terreau qui lui réchauffera les racines... Tu vois tout est cycle et la mort n'est que le commencement d'une vie..."

Katarina sourit en prenant entre ses main le visage de Chess, telle une mère parlant à son enfant... Elle est comme admirative de l'être qu'elle a en face d'elle... Et elle rajoute, afin de démontrer que la mort est effervescence pour le monde...

"Lors de l'acte d'amour, les deux corps aimés mêlent leur chaleur et leur vie... Et bientôt, ils libèrent dans une jouissance extrême deux petits êtres heureux de vivre un instant dans un but ultime de s'assembler... l'ovule et le spermatozoïde... Ces deux êtres se cherchent lors d'une course folle et ensuite vient le moment de la rencontre épanouissante... Et pourtant ce sont l'ovule et le spermatozoïde qui se heurtent l'un à l'autre dans une violence effarante... Les deux petits êtres meurent douloureusement... Cependant autre chose naît de cette union... un autre être... un être supérieur... un être ultime... Oui un "Ultime" C'est en cela qu'il faut vénérer la mort, la célébrer. C'est notre rôle à tous... Nos ancêtres ne redoutaient pas la mort... C'est le fait du cycle naturelle... Ils l'idolâtraient à tel point qu'ils ont doté une divinité de cette puissance... Hadès..."

Katarina comme en extase lâche le visage de l'adolescent et s'enquiert de petit pas entrechassés, une danse rituel de réjouissance, les paumes de mains et le regard levés vers les cieux... Elle s'éloigne du lit...

Non loin de là, Hogier n'a rien manqué du cérémonial de sa comparse hadésienne. Il sourit intérieurement...


(Katarina a le don pour expliquer les choses pour qu'elles passent toute seule... Elle mérite bien sa réputation et son nom dans notre monde : "la psychomédienne"... Un renom qui lui va comme un gant. Elle n'a pas été choisi par Hadès pour rien... déjà de son vivant elle était un génie de la psychanalyse et de l'état du cerveau... Chess est prêt à entendre la suite...)

Hogier s'approche du lit et sourit à Chess.

"Je pense que la vision de Katarina n'est pas à bannir, bien au contraire... Elle a tout dit de ce que nous étions et le pourquoi nous étions avec ses douces métaphores. Relève-toi gamin et assied-toi sur le rebord de ton lit... C'est à mon tour de raconter une belle histoire..."

Hogier tend la main à Chess de manière la plus empathique qu'il soit... C'est un geste naturel et simple... Chess regardera la main encore quelque peu perdu par les dires de Katarina... mais il acceptera voyant que l'homme ne lui veut aucun mal... Hogier s'assied sur le rebord du lit, dos à la fenêtre. Chess fera de même... Et le joueur de cartes prend la parole une fois qu'il a toute l'attention de l'échiquéen...

"Vois-tu, Katarina t'a parlé de manière subtile de la mort. Tu dois ressentir, comme tu l'as perçu chez Katraina, que nous ne sommes plus vraiment humains... Si tu tâtes mon pouls, tu percevras qu'il ne fonctionne plus. C'est un fait... Tu as des morts en face de toi... Pourtant j'ai l'air complètement réel... Touche !..."

Hogier sourit et applique la main de Chess près de son cou.

"Voilà, aussi glacial qu'un morceau de carcasse congelée...! Et ne t'en fais pas, tu n'es pas encore mort et tu n'es ni dans un rêve ou ni dans un cauchemar... à ta convenance... L'homme qui nous envoie... et Katarina y a fait allusion... est le Seigneur Hadès... Oui tu entends bien... La divinité grecque de la Mort et des Enfers... Il existe en notre monde depuis les confins de la nuit des temps... Il n'a jamais cessé de conduire les âmes pures vers un meilleurs... Il choisit parmi les hommes, ceux qui représentent le plus cette pureté et les autorise à devenir des membres actifs de son armée... On les appelle les spectres...

Les spectres sont les garants sauveurs du monde. Ils renient toutes les bassesses des humains et veulent purifier les terres souillées... Depuis très longtemps ils agissent dans l'ombre... Ils ont mené de nombreuses guerres parfois ils les ont gagné, parfois ils les ont perdu... Nous devons tout faire pour apaiser le monde en imposant et en montrant la vérité de notre dogme.

Katarina et moi sommes là pour que tu rejoignes notre cause et pour assouvir tes besoins de reconnaissance, de pouvoir, d'idolâtrie... Tu as en toi ce qu'on appelle le cosmos... c'est ce don qui permet aux spectres leurs grandes prouesses... Et depuis peu il s'est éveillé en toi... Pour preuve récente, la victoire de tantôt au concours d'échec et tes innombrables victoires... Tout ceci fait de toi quelqu'un d’hors norme... Hadès l'a saisi et il aimerait que tu nous rejoignes aux confins des entrailles de la Terre... En Enfer... Car pour l'heure, c'est la-bas que nous vivons... Mais bientôt nous posséderons la Terre avec des âmes si combattives comme la tienne..."


Hogier se réjouis de ses dires, il semble réellement sincère avec lui-même... Il est convaincu que pour rien au monde il aurait refusé de devenir spectre au nom et en l'honneur d'Hadès... Régent des renouveaux et des cycles éternels...

7 Re: "Echec et mat" le Ven 28 Jan 2011 - 21:25

Chess


Chess acheva son discours. Il avait ainsi parlé de ce qui serait pour lui un monde idéal, un monde parfait. Et pour y accéder, il suffisait de réduire ce qui existait déjà dans ce monde-ci. Et c'est avec ces idées que s'était épanouit le jeune homme. C'est avec ces idées-ci qu'il avait grandit. Et il se les était d'ailleurs lui-même forgées. Absoudre lui semblait la seule chose à faire.

Pendant qu'il avait parlé, ces deux interlocuteurs du moment s'étaient montrés bizarrement attentifs, intéressés. Katarina avait toujours ce même sourire, et des yeux pétillant de ce qui ressemblait à de la joie, en quelque sorte. Et le jeune homme n'arrivait pas à savoir, à deviner, s'il s'agissait là d'un sourire de moquerie, ou d'un sourire de plaisir, simplement. Cette femme était assez particulière... elle changeait du tout au tout de comportement, sans cesse, et semblait assez insaisissable, à toujours penser à ce à quoi on ne saurait s'attendre, et à danser en gesticulant à tous les instants. De son côté, Hogier gardait son air imperturbable. On aurait dit qu'une fin du monde n'aurait sut lui tirer la moindre expression...

Une nouvelle fois, dès qu'il eut achevé ses explications et conclut par une question, l'échiquéen vit la jeune fille éclater de rire, d'un rire doux et aux sons plaisants à entendre. Puis elle-même interrogea William sur la manière dont il la jugeait, ainsi que son compagnon, avec un esprit fermé, et non ouvert à tout comme un esprit de philosophe. Montée sur le lit de l'adolescent, elle était au-dessus de son corps, à quatre pattes, et tapotait sans cesse l'emplacement de son cœur du doigt, comme pour ponctuer ses dires. Faisant preuve d'une étonnante faculté de raisonnement, que le jeune homme ne lui aurait pas soupçonné au vu de la folie à laquelle il pensait, elle lui dit que c'était dans celle-ci que se trouvait une autre manière de capter, d'analyser. De parer à tout et à n'importe quoi. Et c'est ce qu'ils avaient fait pour le rencontrer, lui...

A ce moment là, Katarina s'avança encore sur le lit, et prit la tête du jeune homme entre ses deux mains. Ses doigts glacés l'entourèrent, et elle posa le front de Delacroix contre son propre sein gauche. A l'endroit, normalement, du cœur. Or, l'adolescent remarqua qu'il ne sentait pas la musique vibrante d'un muscle cardiaque en train de battre... Mais il se laissa une nouvelle fois porter par l'envoûtante présence de la jeune femme, et oublia ce "détail", profitant juste de ce doux contact. Elle lui reparla encore, de la vie, qui ne peut être sans la mort. De l'idée d'un cycle interminable et essentiel...

Puis elle lui prit la main, souriante, toujours couché auprès de lui, et enchaîna avec des paroles sur l'acte d'amour cette fois-ci. Les scènes qu'elle décrivit, le jeune homme en revit quelques-unes. Bien sûr, après des instants de plaisirs et de douceurs avec l'actuelle jeune fille de son cœur, quand leurs halètements étouffés se mêlaient, que leurs corps en sueurs, chauds, se frottaient, il s'était déjà demandé : que se passait-il ? Oui, que se passait-il dans cet amour hors-norme, et dans ces instants ? De tels moments le rendaient plus vivant que n'importe quand, mais aussi, il savait qu'ainsi il empêchait de potentielles personnes de venir au monde... Eros et Thanatos allaient souvent de paire... Elle conclut en parlant du nom qu'avaient donné les anciens à cette mort, ou plutôt à celui qui la dirigeait : Hadès.

Puis, toute content, elle s'en fut un peu plus loin en sautillant gaiement. L'adolescent songea un instant à la retenir et à lui demander de rester. Aussi glacial qu'il soit, son contact lui avait été agréable, et il aurait aimé le prolonger encore un peu... Hogier s'approcha donc à son tour. Il sourit à Chess et lui intima de se relever et de s'assoir sur le bord du lit, ce qu'il fit tant bien que mal, en prenant volontiers la main que lui tendit l'homme. Et il remarqua que celle-ci aussi était terriblement froide...

Hogier de Danemarche confirma donc bien entendu les propos de celle qu'il accompagnait. Et il rentra directement dans le vif du sujet, cash, sans passer par de douces métaphores comme la femme aux cheveux platine. Il fit prendre son pouls à l'étudiant... qui ne sentit rien. Absolument rien ! A part un froid cadavérique, rien, pas une once de battement, de mouvement, indiquant les déplacements du sang. Devinant les pensées de l'adolescent qui toucha brièvement son propre cou pour voir ce qu'il en était, l'homme lui assura que lui était encore vivant. Qu'il n'était pas dans le monde onirique, mais qu'il était bien là, dans la vraie vie...

Il lui parla lui-aussi d'un nom qu'avait déjà utilisé la dame aux vêtements pourpres : celui de la divinité grecque Hadès. Et il le décrivit comme son maître incontestable. Un Seigneur, un guide, qu'ils suivaient depuis des années, des années, dans le but de purifier la Terre. Ôter au monde toutes les souillures humaines oisives et inutiles, pour ne plus garder que des gens pur, à sa manière, à la manière de ce Dieu des Enfers. D'ailleurs, quitter les Enfers représentait leur objectif, en prenant possession de la planète. "Leur" ? Celui d'Hadès et de ses guerriers, des êtres au-dessus des hommes, purs, simples, avec un don similaire au sien. Un pouvoir. Un... Cosmos.

Vivre dans un monde de pureté absolue, où seuls resteraient ceux qui seront désirés par le Seigneur du Bas-monde. Un monde irréprochable... Un profond Univers exempt de mal, sous quelque forme que ce soit. Quelles belles idées, si séduisantes, si réjouissantes...


" Mais bientôt nous posséderons la Terre avec des âmes si combattives comme la tienne... "

Peut-être ne voulait-il, depuis tout à l'heure, que flatter la vanité naturelle du jeune homme, mais en tout cas, Hogier de Danemarche sut s'y prendre pour le convaincre. Ce n'était pas là chose faite, bien sûr, mais la vision qu'il avait du monde parfait, une utopie plaisante, tout cela il le partageait. "A la virgule prêt".

Toussant un peu, comme pour se sortir de l'espèce de stupeur, d'arrêt dans lequel il se trouvait, les yeux dans le vide, le jeune homme se reprit et parla :


" Eh bien... C'est assez... particulier, et bizarre à avaler. Un monde où se trouveraient, sans que personne ne le sache, des combattants à l'incontestable pureté, aux ordres d'une Divinité de la Grèce Antique ? C'est assez incroyable, oui !
Mais tellement crédible, pourtant. Ou plutôt, amplement aussi crédible que tout et n'importe quoi, au sujet de la religion. Les croyances sont si personnelles qu'aucune n'en n'est moins respectable qu'une autre. Et toutes se valent. Ce n'est donc pas cela qui me trouble en quoi que ce soit. Mais simplement... Vous parlez là d'une âme combattive. D'un pouvoir qui m'a aidé à gagner cette partie d'échec, voir les précédentes... Mais, mon "don" ne serait-il donc pas si unique que cela ? "Depuis la nuit des temps", ça veut bien dire que des tas de personnes ont déjà vécut, avec de telles capacités. Alors... en quoi serais-je unique, ou en quoi moi plus qu'un autre pourrait entrer au service de ce Dieu ? "


C'était là aussi l'un des plus grands défauts de l'être humain... Vouloir être unique, différent de autres... Mais était-ce là un défaut, finalement, que de vouloir sortir du moule tout préparé des gens identiques ? Non, sans doute pas. "Pourquoi moi et pourquoi pas un autre ?" Une vieille, vieille envie poussant à vouloir être valorisé par quelqu'un d'autre. Une nouvelle fois, Chess était bel et bien un humain, avec les mêmes caractéristiques que ses congénères.

Contrairement à beaucoup d'hommes et à leurs paroles, mourir ne lui faisait
réellement pas peur. Non, mais ce qu'il voulait, c'était mourir sans rien regretter. C'était mourir sans laisser derrière lui quelque chose qui lui donnerait l'impossible envie de revivre, de revenir... Et c'est pourquoi il demanda enfin :

" Si jamais je venais, vous suivais... et mourais. Que se passerait-il ? Pourrais-je encore revenir sur cette Terre ? Pourrais-je remonter dans le monde des humains ? Et revoir certains d'entre eux sans craintes ? C'est en fait l'une des seules choses qui, non-éclaircit, me retiens réellement de suivre vos idéaux en les faisant miens... "

8 Re: "Echec et mat" le Jeu 3 Fév 2011 - 21:25

Hadès


Dieu - Admin
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Comme à chaque fois que Chess parlait, Hogier et Katarina se figeaient afin d'écouter ce que voulait le jeune homme. Il fut difficile de répondre aux demandes du patient. Hogier et Katarina se regardaient, comme d'un air entendu, durant un laps de temps indescriptible... Tout autour des protagonistes fixait la trame du temps comme pour graver ce moment, ce dernier instant... Aucun son, aucun air, aucune luminescence solaire... Tout semblait arrêté le temps que Katarina et Hogier se décident à prononcer ne serait-ce qu'un seul mot...

C'est alors qu'Hogier prit une profonde respiration. Sa tête se tourna vers le visage de Chess. Son regard était sombre et insondable tout comme ses émotions... Il réfléchit quelque peu. Trouver les mots justes pour rassurer cet humain... Etre "humain"... Hogier avait oublié ce que c'était qu'être humain depuis qu'il fut au service d'Hadès... Il devait comprendre Chess et, par la même occasion, ne pas décevoir sa Majesté Hadès... Il prit alors position...


"Chess. La mort n'est pas une fin en soi. Elle te permet d'ouvrir de nouveaux chemins, de nouveaux espaces... La mort est la délivrance des âmes... L'outre-monde est une des facettes d'un visage... Il est difficile de lui faire côtoyer la vie... Comme tu le sais vie et mort sont une antipode. Aussi, tu pourras te réjouir de voir ou revoir tes proches mais indéniablement tu es lié au monde des morts...

Prends donc Katarina et moi en exemple... Nous sommes des ombres au service d'Hadès. Et de ce fait nous sommes attachés au monde des défunts. Pourtant nous venons à la rencontre d'être tels que toi sur cette Terre illuminées aveuglément du Soleil. Notre mission est d'amener les âmes à nous suivre. Nous avons eu le privilège de pouvoir nous exposer à la lumière du jour seulement si nous sommes voués corps et âme à notre Seigneur.

Et toi. Toi, tu auras aussi ce privilège. Servir Hadès est un honneur. De plus, suivant ce que tu amènes au monde infernal et suivant ton pouvoir, tu obtiendras un artéfact puissant qui te permettra d'enflammer ton cosmos et d'obtenir la jeunesse éternelle... Cet artéfact est appelé surplis. C'est une armure légère qui augmente tes capacités à récolter les âmes. Celle-ci sera aussi le garant de la faculté de te déplacer à la surface de la Terre. Elle est une arme ultime purificatrice que le Seigneur Hadès, dans toute sa miséricorde, t'accorde... A toi de lui faire honneur..."


Hogier se tût un instant. Katarina déployait étrangement une aura rougeâtre et très chaleureuse. Son visage était inexpressif comme concentré sur ce qu'elle produisait, sur ce qui émanait d'elle... De nouveau la pesanteur taciturne se fit ressentir... Même le chant des oiseaux s'arrêta, la brise légère à l'extérieur retenait son souffle sur les cimes des arbres... Le bruit des étudiants dans la cours ou dans les couloirs s'amoindrissaient... Chess et ses deux interlocuteurs semblaient être soudainement dans un cocon maternel... Katarina activa une étrange aura... Etait-ce là ce qu'on appelle cosmos ?... Tout autour de cette lumière rougeoyante, les murs se tapissaient de ténèbres... Puis le son de sa voix retentit... Non c'était un chant... Le doux chant mortifère de cette fascinante jeune fille habillée de carmin... Incarnation d'une force insoupçonnée...

Elle vint prendre la main de Chess... Et avec stupeur, Chess accueillit une chaleur... Une chaleur humaine... Pourtant Katarina fut d'une froideur cadavérique plus tôt... Et là, sa chair, ses entrailles produisaient une doucereuse chaleur... Bientôt cette émanation s'insuffla dans chacune des veines de Chess... Comme si son sang orchestrait un mouvement plus rapide... L'aura engloba peu à peu le corps de l'adolescent... Celui-ci se sentit comme transporté... Sa vigueur semblait décuplée... Son corps fut plus chaud qu'à l'habitude... Est-ce là la morsure du feu infernal ?...

En le corps du jeune garçon, en toute mixité, des sentiments humains se mêlaient... Le premier d'entre eux était la bonté, l'amour. Pourtant Chess se sentait en retrait, peut-être coupable voir miséricordieux. A ces sentiments se liaient des images presque réalistes...


L'université... Le hall d'entrée... la bibliothèque... Une table sur laquelle travaille deux étudiants... Lui et elle... Chess et sa petite-amie... Un baiser d'amour... Des regards tendres... Une chambre... Un lit... Lui et elle dans leur amour sublimé... Un échange charnel de désirs...

Une épine s'enfonçait dans le coeur de Chess... Cette écharde contenait une once de violence... Jalousie, mensonge, animalité... Et d'autres images s'ajoutaient aux précédentes...

Lui et elle... Lui la maintenant sous son bras... Il est crispé et la colère le ronge... Un autre... en face qui se languis de posséder elle... Lui qui rage de pouvoir corriger l'autre de ses désirs obscènes en voyant elle... La main envieuse palpant poitrine et bosse... Le regard maladif... Une virulence endiablée... Des pleures... Des coups... Du sang... L'envie de meurtre...

L'épine devenait épée ciselant l'âme même de Chess... Le sentiment de la mort l'envahissait... Le froid... Les ténèbres... Et pourtant Chess se sentait bien dans cet atmosphère. Il vit ces images :

Lui qui défie la loi de la gravité et s'envole la main tendue vers sa dulcinée... Il sourit... Il laisse quelques perles lacrymales se dissoudre dans cette envolée... Elle en face, les pleures de la tristesse sur ses joues... Elle voit, sans qu'elle ne puisse rien faire, son aimé partir, s'envoler vers d'autres cieux... Lui sourit car il sait qu'il la reverra... Il disparaît dans les ténèbres...

Une voix résonnante se fait entendre comme échos à tout ce que vient de vivre Chess... La voix de Katarina qui vient des tréfonds de l'obscurité...

"Les âmes défuntes ne ressentent pas la tristesse, c'est juste les vivants ayant sainte horreur de se sentir esseulés qui privent les morts de leur bien-être dans le monde des ténèbres... Ils se meurtrissent de leur égoïsme et font culpabiliser les âmes de les avoir abandonné... Et ils les empêchent de les délivrer des chaînes de la vie... Est-ce la faute de celui qui est appelé à mourir d'avoir su être trop présent pour les autres ?..."

Un silence de marbre s'étendit dans l'esprit de Chess... le noir l'englobait... Le vent souffla chantant en se brisant sur les cimes des arbres... Et bientôt Chess ouvrit les yeux. Il était toujours alité. Il n'avait pas changé de lieu : l'infirmerie de l'université. Devant lui, sur le chariot roulant, au dessus de son lit, s'étalait, brillante et appelante, emplie de cette substance translucide, effilée en aiguille gouttelée tel un dard juteux, la seringue possédée plus tôt par Katarina... Autour de lui, il n'y avait plus personne, plus une ombre...

Le drap rêche de son lit, tel un papier abrasif, lui râpait la peau... Chess comprit qu'il devait réfléchir à ce qu'il a vu... Il savait qu'il n'avait pas rêvé... Pour preuve sous la seringue, comme signature d'un passage, une carte était posée : le valet de pique... Le valet de pique représente depuis le moyen-âge Hogier de Danemarche, garde impérial de l'Empereur Charlemagne... Et ce doux parfum... Ce fumet sucré de fleurs... du jasmin... Ce fut celui de Katarina... Chess devait choisir entre la vie ou la mort... Aurait-il des regrets ? des désirs ? L'avenir du jeune homme repose en le contenu d'une seringue...

9 Re: "Echec et mat" le Dim 6 Fév 2011 - 16:14

Chess


William Delacroix écouta les mots d'Hogier. Celui-ci était toujours moins expressifs que la demoiselle qui l'accompagnait, mais ses mots pesaient plus, et rentraient bien plus facilement dans la tête. Il n’y allait jamais par quatre chemins, et répondaient directement, sans hésitation, aux questions du jeune homme. D'ailleurs, celui-ci devait étouffer au mieux le flot impressionnant d'interrogations qui lui venaient sans cesse à l'esprit, toujours très nombreuses. Il devait avant tout se concentrer sur l'essentiel, et sur les paroles de ses deux interlocuteurs. Il éprouvait toujours quelques difficultés à rester fixer sur un point, sur une idée. Et des tas de choses lui venaient sans arrêt à l'esprit, rendant plus difficile encore sa compréhension de ce qui se passait autour.

La réponse que lui fournit premièrement le sieur de Danemarche lui parut en fait totalement évidente. Effectivement, il n'avait, du moins a priori, aucune question à se poser sur le fait de pouvoir revenir ici, sur Terre, un jour. Les deux morts ici-présents en étaient d'ailleurs la preuve même (pour ne pas dire "vivante"...). Oui, même s'il décidait de les suivre, il aurait toujours la possibilité de retrouver les gens d'ici, s'il le désirait. Et c'était là un point réellement positif, d'après lui...

Aussi, l'homme au jeu de cartes lui parla d'une protection qu'il pourrait revêtir, plus tard, s'il décidait de prêter allégeance au Seigneur du Bas-monde. Un "Surplis", avait-il dit. Quelque chose qui l'aiderait dans sa quête des âmes... Bien que les deux personnes aient des vêtements sur elles, et aussi légères que soient ces armures, l'adolescent ne crut pas en discerner sur leur corps. Mais peut-être se trompait-il. Aussi, il se demandait à quel point fallait-il être loyal au Dieu des Enfers pour obtenir ladite armure qui lui permettrait de se déplacer à la surface du monde. D'ailleurs, Hogier et Katarina devaient bien en posséder, eux, pour pouvoir également venir ici. Sinon, c'est qu'il existait une autre force qui le leur permettrait. Allez savoir !

Puis, toute souriante, Katarina s'approcha, coupant court aux interrogations que se posait encore Chess. Son sourire, cette fois-ci, semblait sincère, et réellement doux. Elle marcha vers lui, doucement... Autour de son corps, comme si ses vêtements s'étendaient soudain dans l'air, une aura de couleur similaire se propagea. Tantôt pourpre, tantôt magenta, elle se mouvait en tout sens, illuminant la pièce de reflets rouges et agréables. Même de loin, la chose dégageait un semblant de chaleur. Qu'était-ce là ? L'énergie dont avaient parlé les deux individus, sans doute. Mais il n'avait aucun moyen de le vérifier ; il ne pouvait ni ne voulait ouvrir la bouche. La femme ouvrit la sienne, et on entendit une voix claire et posée s'élever. Un peu dans les mêmes tonalités que le rire cristallin qu'elle avait eut plusieurs fois déjà. Elle chantait. Le jeune étudiant ne comprenait rien, vraiment, sa tête se trouvait embrouillé, mais il sut qu'elle chantait. Et qu'elle chantait bien, qui plus est. Mais comme précédemment, sa présence, sa proximité plutôt, "bloquèrent" son esprit, et l'empêchèrent de penser correctement.

Lentement, Katarina prit la main de William. Il sentit sa froideur cadavérique, mais il l'oublia presque, puisqu'elle fut repoussée par une douce chaleur qui s'échappait de tout le corps de la jeune fille. Non pas quelque chose de brûlant. Non, c'était juste doux, agréable... humain. Oui, c'était comme une chaleur humaine, qui se propagea sur la main, le bras, puis le reste du corps du jeune homme, en chauffant peu à peu son épiderme. De plus en plus embrumé, son esprit se laissa aller à des visions proches, très proches du vrai, tellement qu'elles en paraissaient réelles...


Chess sentit l'extase l'envahir... Un sentiment de plaisir pur. En fait, non, il n'y avait là aucun "sentiment" de plaisir, ni de quoi que ce soit. Sa tête ne pensait plus. C'est son corps qui réagissait, et qui ressentait quelque chose. C'était une sensation, et non une émotion. Une agréable sensation, d'ailleurs. Ses membres se raidirent d'eux-mêmes, les muscles crispés au maximum, sous la pression de cette jouissance passagère. Alice, il la vit, et la désira immédiatement. C'était quelque chose qu'il ressentait souvent, vers elle : du désir pur... Son cœur chaud battait à un rythme musical, paisible...

Mais cette extase fit bientôt place à de la jalousie, de la haine, une envie de violence, de meurtre, même. Ses poings se contractèrent, ses sourcils se froncèrent. Ses yeux ouverts ne captaient pas ce qui se passait autour de lui, mais uniquement ce qui défilait dans son esprit. Et actuellement, cela ne le réjouissait pas le moins du monde. Son cœur s'était mis à battre violemment, de manière incontrôlée. Il était percé, percé par une aiguille qui s'enfonçait quand la haine montait en lui.

Et d'un coup, il s'en allait. A la seconde d'après, il était en train de s'envoler à toute vitesse. Il laissa tomber une larme ou deux, qui disparurent dans l'air. Il montait toujours, s'éloignant d'elle de plus en plus, en la laissant derrière lui, sans pouvoir rien y faire. Sans vouloir rien y faire. C'était bizarre, mais il n'avait aucune envie de faire demi-tour. Aucune... Son cœur fut soudainement scié en deux. Deux parties qui ne se réuniraient plus jamais...

La voix de Katarina lui parvint encore. Et elle lui dit que les morts ne pleuraient pas de s'en aller, et que seuls ceux qui restaient en vie, eux, versaient des larmes. Et seuls ceux-là allaient jusqu'à pleurer, regretter, détester, haïr, le défunt...

Il se sentit glisser dans une torpeur bizarre. Ses yeux ne voyaient plus rien. Tout était noir. Il sentit une dernière chose : les larmes qui coulèrent lentement le long de ses joues, après avoir débordées par-dessus ses paupières, et qui maintenant venait s'écraser sur l'oreiller qui lui servait d'appui-tête. Tout était noir...


Il fut réveillé peu après, lui sembla-t-il, par le vent qui s'engouffrait par la fenêtre ouverte. Il était encore à l'infirmerie de l'université. Il n'avait pas dut bouger. Et avant même de pouvoir se demander si tout cela avait ou non été un rêve, il sentit un léger parfum de fleur, qu'il reconnut aussitôt. Et en se redressant, vérifiant qu'il n'y ai personne, il vit la seringue que tenait précédemment la femme portant ce parfum, ainsi qu'une carte, un Valet de Pique. Il se souvenait avoir déjà lut, sur une telle carte, un nom : Ogier, ou Hogier. Et il se remémora l'identité de cette personne, qui avait vécut plus de dix siècles avant leur ère... Cela vérifiait donc, ne serait-ce que partiellement, les propos de ces deux personnes.

Chess reporta son attention sur la seringue. Son contenu était un liquide parfaitement incolore. Il la saisit, les mains tremblantes. Il la toucha, la palpa, et se demanda ce qu'il allait faire. Suivre la voix de ses gens, ou continuer à vivre la vie qu'il avait toujours vécut jusque là ? De toute façon, il ne pourrait plus faire comme avant. Pas après cet échange de parole, qu'il soit fondé ou non. Une idée était la plus tenace, la plus coriace, des choses, et il ne pourrait pas oublier cela, se demandant toujours s'il aurait dut y croire ou non. A la limite, la seule chose qu'il pourrait vraiment regretter de sa vie actuelle, c'était Elle. Et ce qu'il pourrait regretter de la voix éclairée par Hogier et Katarina ? Tout, tout...

Sa décision était prise. Il alla chercher dans ses affaires un stylo et une feuille. Dessus, il inscrit simplement cinq lettres :


A.L.I.C.E.


Pas un mot pour sa famille, rien. De plus, si tout se passait bien, il pourrait les revoir un jour. Alors rien à craindre. Il se rhabilla, "pour la forme". Il prit son sac, au cas où ses affaires le "suivent" dans l'au-delà, et se saisit à nouveau de la seringue. Après avoir remonté la manche gauche de son vêtement, il se fit un semblant de garrot avec un morceau de drap qu'il déchira. Pas question d'attendre trop longtemps ou de se demander ce que pouvait bien contenir la seringue... Il allait y aller, avant de changer d'avis. D'un geste précis, il s'enfonça l'aiguille dans la peau, la sentant traverser les muscles également. Il regarda le liquide diminuer de volume dans la seringue, pénétrant dans son corps.

Un froid glacial s'insinua en lui. Il se dit que, peut-être, il avait fait une bêtise. Mais il se calma et repris contenance et confiance. Après tout, il savait que "la mort n'était qu'une étape". Il songea à Hogier de Danemarche et à Katarina Middletribes, qu'il reverrait sans doute bientôt.


" Adieux... " fut le dernier mot de William Delacroix en ce monde, de son "vivant".

Et sa dernière pensée, il la dirigea vers son aimée. Il sombra dans un genre de coma, le corps frigorifié.

Alice...

10 Re: "Echec et mat" le Jeu 10 Fév 2011 - 12:50

Hadès


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Une heure plus tard, l'infirmière en chef entra dans son local et vit Chess toujours inconscient. Elle déposa ses dossiers sur son bureau et alla fermer la fenêtre. Elle prit son stéthoscope et se dirigea vers son patient. Elle lui tâta le front qui lui sembla bien froid. Elle s'empressa alors de prendre le pouls du jeune homme et avec stupeur elle n'entendit plus son cœur battre. L'infirmière en un instant fut prise de panique. Elle contrôla de nouveau le rythme cardiaque de Chess... Alors elle comprit... Sa mine se déconfit et une larme perla de son œil stupéfait. Sans plus attendre, elle composa, de son portable, le numéro des urgence... Quelques quarts d'heures plus tard, le Doyen de l'université, l'infirmière, les urgences et la police transportèrent le corps sans vie de Chess... Alice était à proximité, le corps recouverte du sac brillant de ténèbres... Elle poussa un cri... Et le temps s'arrêta... Alice, la main tendue vers la civière, était retenue par les agents de police alors que le cortège funèbre passait devant elle sans qu'elle ne puisse rien faire... Douleur, tristesse et amertume se lisaient dans tous les regards des étudiants détruits...

Quelques jours plus tard, toute la famille de Chess était réuni autour d'un cercueil luisant et richement orné... Le prêtre annonçait la messe devant les yeux rougis par la peine... Le visage d'Alice était force et beauté... une beauté froide cache mortifère d'une terreur interne. Etait-ce une haine ? Un ange ? Une incompréhension ? Rien n'y aurait changé. William Delacroix était mort et à jamais les mémoires garderont l'image d'un jeune homme passionné, doux, parfois solitaire, mais si agréable... Une énigme...

Dans la semaine qui arriva, les journaux rapportaient d'un fait divers plutôt étrange :


William Delacroix est décédé des suite d'une attaque cérébrale et pourtant dans un dernier sursaut de vie il écrivit un mot : "A.L.I.C.E." Ce simple geste pose question auprès des enquêteurs notamment qu'on a retrouvé dans son corps un nombre conséquents de molécules d'arsenic. Pourtant l'adolescent ne semble pas en avoir ingéré. Le sang conduisait la molécule et à aucun moment les légistes en ont retrouvé dans l'estomac du jeune homme. Etait-ce un suicide ou la médecine actuelle joue-t-elle des tours aux chercheurs ?... En tout cas, les enquêteurs poursuivent l'enquête et interrogent l'infirmière de l'université, le doyen ainsi que ses nombreux amis et proches.

Cependant l'hypothèse de l'attaque cérébrale reste la meilleure piste. En effet, William Delacroix, après avoir remporté une épreuve longue d'un concours d'échec s'était surpassé. C'est à la suite d'une réflexion intense que l'adolescent serait tombé inanimé. A l'infirmerie il a été conduit. Il a été retrouvé mort sur son lit. Rien ne pousse à croire que des personnes de mauvaises intentions sont venus le voir. William Delacroix est mort seul écrivant ce dernier mot décomposé comme suit : "A.L.I.C.E". 5 lettres qui désignent le prénom de son amie. Les enquêteurs s'interrogent sur le rôle que l'adolescente aurait pu joué. La thèse du suicide reste d'actualité. L'enquête se poursuit.

Le quotidien.

HRP : Je te donne à présent rendez-vous au Puits des âmes afin d'entrer dans le monde des morts pour de bon... Clique sur ce lien : http://saintseiya-illusion.bbactif.com/t165-mat-de-lumiere-ou-echec-obscure#1049

11 Re: "Echec et mat" le Dim 13 Fév 2011 - 15:49

Hadès


Dieu - Admin
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hrp : post édité

12 Re: "Echec et mat" Aujourd'hui à 14:23

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